Rien n’est plus facile que de parler de son enfance.

N’importe qui est capable d’évoquer avec charme ses premières années, avant la jeunesse, avant l’adolescence où se glisse déjà quelque chose de vulgaire, lié à la mode et à la pression sociale. L’enfance est un âge béni. On avance à tâtons. On découvre la vie et le monde. Tout est neuf. Rien n’est souillé. On ne traîne pas encore derrière soi toutes les casseroles de la servitude qui s’attacheront à nos basques tout au long de l’existence. On ne sait rien de l’argent qui est l’affaire des adultes ni de la comédie grave qui s’emparera de nous avec l’aide de la famille, de l’école, du métier, de toutes les institutions. On n’a pas de passé : on a que l’avenir. Cette époque de la vie où nous sommes si dépendants des autres est la seule où nous soyons libres d’être vraiment nous-mêmes. Tout ce que nous serons plus tard est déjà là dans l’enfance, mais replié sur soi-même, caché, en puissance, comme on dit, et à l’état de possible. Ce qu’il y a de mieux en l’homme, c’est l’enfant.

– Jean d’Ormesson, Une fête en larmes  

Photo : Delphine Chanet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *