De la photo de famille

Alors que je nourris une réflexion assez intense sur le sujet, je tombe sur ces photos de famille. Celles de Julien Magre, qui à travers son ouvrage « Caroline histoire numéro deux » qu’il dédie à ses arrière-arrières petits-enfants, mêle intimement photo de famille et pratique artistique.

Cet ouvrage qui représente dix ans de photos, prend pour protagonistes sa femme Caroline (qui donne son nom à la série) et ses deux filles Louise et Suzanne. Il commence par photographier sa femme en 2000. Il avoue lors d’une interview qu’il a commencé à la photographier pour la séduire alors qu’il était encore étudiant. C’était un bon moyen de la revoir pour lui montrer les photos par la suite. Il ne se destinait d’ailleurs pas à être photographe. C’est l’obsession amoureuse qui a nécessité l’acte photographique, l’acte de raconter leur histoire.

Puis viennent ses filles, Louise qu’il photographie en 2004 et enfin Suzanne à partir de 2007. Se déroule alors sous nos yeux un « album de famille » qui prend en compte au fur et à mesure l’arrivée des nouvelles héroïnes.

Le travail de Julien Magre ne peut simplement s’apparenter à de la photo de famille. Sa personnalité artistique fait qu’il suscite nos imaginaires, nos rêves, provoque nos sourires et notre compassion pour cet amour porté à ces trois muses. L’érotisme des corps quelquefois qui s’en dégage nous rappelle encore plus à la vie. Julien Magre arrive alors à nous faire pénétrer dans son histoire sans faire de nous de simples témoins.

De plus, il déjoue les codes de la photo de famille car ses photos ne racontent pas un anniversaire, une fête familiale, un baptême. Le photographe ne figure pas dans ses « photos de famille ». Il considère qu’étant acteur du processus créatif, il n’a pas besoin de se montrer pour exister. Son regard, si on peut dire, est le quatrième personnage de cette chronique familiale : il est direct, incisif, discret, nous introduit dans une quotidienneté sensible et poétisée par son peu de mise en scène, « musifie » ses protagonistes notamment Caroline qui par son regard, sa présence et sa bienveillance semble être une Madonne.

[two_columns_one]

3_13

027.jpg

[/two_columns_one]

[two_columns_one_last]

Photographie-Julien-MAGRE-A-1-

078.jpg
[/two_columns_one_last]
[divider]
Sa vie familiale participe à son processus créatif, à sa fiction. Ainsi avec ses filles, il s’amuse à constituer des cahiers de photos et de dessins : « Chaque été, je réalise avec mes filles Louise et Suzanne, un cahier de vacances, rempli d’images, de dessins et de textes. Je suis à chaque fois le même protocole. Arrivé à destination (une île en Grèce cette fois-ci), j’achète un cahier de brouillon que je trouve dans la première librairie ou épicerie du village. Chaque soir, je colle les Polaroïds pris pendant la journée et mes deux filles interviennent ensuite librement dans ce cahier en dessinant, écrivant, collant… Pour elles, c’est un terrain de jeu sans règles précises. Et pour moi, un support où j’essaie d’être le plus instinctif possible, d’oublier ce que je pense savoir, j’essaie, en somme, de retrouver « un état d’enfance ».

Et cet état est indispensable selon le photographe Bill Brandt: « Cela fait partie du travail du photographe de voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder quelque chose de la réceptivité de l’enfant qui regarde le monde pour la première fois ou du voyageur qui découvre une contrée étrange. Ils ont en eux une aptitude à l’émerveillement ».

D’après l’excellent site BOUMBANG.

Nota du 23 octobre 2015 : J’apprends la disparition de leur fille Suzanne, et je suis triste pour Julien, sa femme Caroline et leur fille Louise.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *