J’avais fini par élaborer ma théorie à moi,

… que j’ai exposé à Louis, quelques années plus tard quand il s’est demandé à son tour par où « arrivaient » les bébés. J’ai répondu : « Par l’échelle ». Il y avait trois pommiers dans le jardin, et toujours une échelle posée contre le tronc de l’un d’entre eux. « Les bébés descendent par l’échelle, la nuit, et ils viennent se coucher dans leur berceau pendant notre sommeil. » Seulement, Louis voulait en savoir plus. Ça a toujours été un de ses traits de caractère, justement, dès son arrivée il a voulu en savoir plus. « Mais avant l’échelle, comment on les a faits, les bébés ? » J’ai réfléchi deux secondes. Louis a un grain de beauté au creux du poignet gauche. « Montre ton grain de beauté, petit Louis… » Je lui ai expliqué que quand il pleuvait, il tombait quelques grains de beauté parmi les gouttes, et que les bébés se formaient à partir de ces petits grains-là. Qu’il avait lui-même commencé par n’être qu’un grain de beauté tombé du ciel. Alors il s’est mis à examiner en détail tous les bébés de sa connaissance. Sur chacun d’eux, bien sûr, il finissait par trouver au moins un grain de beauté.

– Doisneau / Pennac, La vie de famille

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