Entre la naissance de mes enfants …

… et l’année où leur père et moi nous sommes séparés j’ai confectionné une dizaine d’albums photo, d’une cinquantaine de pages chacun. Par la suite, j’ai continué de faire des photos, parfois de les faire tirer sur papier, mais j’ai cessé de les ordonner et de les coller. Avec le recul, je pourrais fournir diverses hypothèses sur notre séparation comme sur l’interruption de la fabrication des albums, mais c’est une autre histoire. Si un jour le feu se déclare chez moi, je crois que je les emporterai avant les livres, avant les lettres, avant tout le reste. Ils représentent un moment infiniment précieux de ma vie, de notre vie. Ils sont l’épicentre de ma nostalgie, un écrin fragile au coeur de ma mémoire. Souvent lorsque je les ouvre, je me dis que j’aimerais savoir écrire cela, ce temps révolu dont l’image est le témoin à la fois si précis et si impuissant.

– D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *